Homélie du dimanche 15 novembre 2020, 33e Dimanche, Temps Ordinaire, Année A

 

Journée nationale de la Paix en Côte d’Ivoire

Mettre mes talents au service de la Gloire de Dieu et du Bien des Hommes

Frères et sœurs très chers, en ce 33e dimanche du Temps Ordinaire de l’Année A, nous poursuivons notre méditation sur les fins dernières au moment où se profile à l’horizon la fin de l’année liturgique A. Ce dimanche est aussi la Journée Nationale de la Paix en Côte d’Ivoire. Son caractère est plus que particulier eu égard aux évènements tragico-dramatiques survenus avant, pendant et après les élections présidentielles du 31 octobre 2020

Deux points vont constituer l’ossature de la présente méditation : (1) À chacun son talent. (2) Que faire de nos talents ?

  1. 1.      À chacun son talent

Souvent, on entend certaines personnes dire : « Moi-même, je ne sais pas pourquoi je suis né ? », « Je ne sais pas ce que Dieu m’a donné », « Ma vie est nulle », « Je ne vaux rien », « Je suis venu sur la terre pour accompagner les autres », etc. Rien que des paroles négatives, des paroles qui paralysent nos capacités de réflexion et notre sens de l’initiative ainsi que nos prises de risque. Notre volonté se sent annihilée et réduite à rien. Nous nous percevons comme des incapables.

Or dans les textes de ce dimanche et singulièrement dans l’évangile de la parabole des talents (Matthieu 25, 14-30), il est dit que Dieu accorde à toute personne un ou des talents, des compétences, des grâces et dons. Il n’y a pas de naissance liée au hasard et donc aucune vie n’est banale ni insignifiante. Chaque existence a son importance aux yeux de Dieu car chacun est singulier pour le Seigneur. Ainsi, Dieu donne à chacun de nous un talent ou un don ou plusieurs selon ses capacités. On le voit dans notre passage : À l’un, on remet cinq talents, à un autre deux et à un autre encore un seul. Chaque Homme en venant au monde, obtient de Dieu quelque chose pour marquer positivement le monde. Il faut en être conscient et vivre en fonction du don Dieu.

  1. 2.      Que faire de nos talents ?

La parabole de l’évangile du 33e dimanche du Temps Ordinaire de l’Année A nous révèle qu’il ne suffit pas d’avoir des talents, des charismes. Il faut savoir et pouvoir en user à bon escient pour la Gloire de Dieu. Car comme l’affirme avec force ce passage, chacun devra rendre compte de la manière dont il a géré et fait fructifier les potentialités reçues de Dieu. C’est en cela que nous exprimerons à Dieu notre fidélité et c’est cette fidélité qui au jugement dernier est récompensée : « “Très bien, serviteur bon et fidèle, tu as été fidèle pour peu de choses, je t’en confierai beaucoup ; entre dans la joie de ton seigneur.” » Celui qui n’a pas pu faire fructifier le don reçu, peu importe le motif ou la raison, au dernier jour, sera sévèrement puni : « “ Quant à ce serviteur bon à rien, jetez-le dans les ténèbres extérieures ; là, il y aura des pleurs et des grincements de dents !” » En chacun Dieu a déposé quelque chose puisque nous sommes de sa descendance : le don de parler juste et bien pour réconforter, apaiser, consoler, encourager ; le don de l’écoute ; le don du bon conseil ; le don de la sagesse ; le don de chanter ou de lire ; le don du sourire qui fait du bien à son entourage ; le don de la joie ; le don de l’organisation ; le don culinaire ; le don de l’animation ; le don d’une présence gratuite et attentive aux autres ; le don du souci des autres ; le don de la générosité ; le don de l’intelligence ; le don du service ; le don de l’ordre ; le don de la prière ; le don de la compréhension des Saintes Écritures ; etc. Soyons comme la femme vertueuse dont parle la 1e lecture en Proverbes 31, 10-31. Elle est travailleuse, courageuse, parfaite, précieuse, digne de confiance et pieuse. Les dons de Dieu sont multiples et variés. Il faut dans la prière demander au Seigneur de nous les révéler. Une fois décelés, nous sommes tenus de les faire fructifier en les mettant au service de la communauté des Hommes en vue de la Gloire de Dieu et pour notre salut. Par conséquent, le chrétien, rempli de l’Esprit Saint ne peut pas être paresseux car en en lui habite et agit la Force de Dieu. C’est pourquoi, éclairé par la Parole de Dieu, il est actif et il fait produire les talents reçus en vue de Dieu comme un bon et fidèle serviteur. Car comme le dit le Christ en Luc 17,10, « de même vous aussi, quand vous aurez exécuté tout ce qui vous a été ordonné, dites : “Nous sommes de simples serviteurs : nous n’avons fait que notre devoir.” »

Aussi, en cette journée nationale de la Paix, la Parole de Dieu a une résonnance singulière. Notre pays vit une crise post-électorale qui a engendré des morts, des mutilés à vie et des destructions de biens privés et publics. La violence verbale avant les élections, perceptible chez les uns et les autres, s’est transformée malheureusement en violences physiques avec des actes barbares aux conséquences plus que dramatiques que nous connaissons. Il est donc temps de s’asseoir et de cultiver le talent de l’Humilité en vue de l’Entente et de la Réconciliation pour emprunter avec l’autre qui est mon Frère, le Chemin menant vers la Paix durable et définitive. Pour cela, il nous faut désarmer nos pensées et nos paroles, les purifier du venin de l’orgueil, de l’égocentrisme, de la méchanceté et de la division. Il nous faut avoir envers tous et chacun du respect et surtout une éloquence langagière pour dire et bien dire les choses même quand on pense détenir la vérité. Il nous faut donc bannir de notre vocabulaire comportemental tout propos et tout acte blessants, vexants et humiliants. Saint Paul le dit à juste titre : « Aucune parole pernicieuse (mauvaise) ne doit sortir de vos lèvres, mais s’il en est besoin, quelque parole bonne, capable d’édifier et d’apporter une grâce à ceux qui l’entendent » (Éphésiens 4, 29). Il faut savoir dire, savoir faire et savoir être dans les rapports humains. C’est à ce prix que la Paix deviendra une réalité concrète, visible et vécue et non pas quelque chose de creux ou encore un vœu pieux, c’est-à-dire sans espoir de réalisation. Je pense fortement que la Paix est possible si chacun se sent responsable du bien du pays, du bien-être de l’autre et agit à son humble niveau dans le sens de la communion entre tous. Or malheureusement et paradoxalement, nous mettons tant d’énergie à nous détruire et peu de zèle à nous réconcilier. Il est temps et grand temps de tourner le dos à la violence sous toutes ses formes pour se tourner vers tout ce qui rassemble et unit. Cela est possible, il faut y croire et prendre les voies et moyens que Dieu nous donne.

Chers frères et sœurs dans le Christ, avec la grâce de Dieu, mettons au service du Seigneur et du rayonnement de sa Parole, tout notre zèle, toutes nos compétences et toute notre intelligence. Prenons des initiatives pour que son Message soit connu de tous. Ne nous contentons pas l’écouter mais devenons-en les témoins intrépides et courageux partout et en tout temps. Que le Seigneur nous aide et nous soutienne dans tous nos efforts.

Bon dimanche à tous et toutes. Dieu nous bénisse.

Père Sylvain du Saint Nom de Jésus

Vicaire, Paroisse Sainte Famille, Riviera 2.

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